Pour donner le ton

Publié le par CFDT-FTV

Comme si vous y étiez, voici la déclaration préalable de Patrice Christophe le délégué central du syndicat CFDT-Médias (en plus de ce titre ronflant, il aime bien rajouter, "charmant cavalier, bon camarade"). Cet épître a été déclamé lors de la reprise des négociations le 22 octobre dernier en présence de Patrick De Carolis, président de FTV.


C'est sollennel, mais faut ce qu'il faut!


"Monsieur le Président, il semble donc que nous soyons appelés à écrire, ensembles, une nouvelle page d’histoire de la télévision publique en France. Il est donc important à mes yeux, qu’entre partenaires sociaux, les choses soient dites franchement et sincèrement. Pour cela, encore faut-il que nous puissions le faire de vive voix. A cette fin, nous avons insisté pour que vous soyez présent aujourd’hui.

  Contrairement à la caricature, bien commode, qu’on veut faire de nous, nous ne sommes pas opposé à cette négociation, ni même à des évolutions. Dois-je rappeler, qu’une partie des syndicats ici présents, dont la CFDT, ont négociés et signés les textes conventionnels encore en vigueur à cette heure, dans cette maison ?

  Plus récemment, dès la mise en place du groupe France Télévisions, la CFDT avait demandé à la présidence d’entamer une opération de recensement des textes conventionnels et accords d’entreprises. Notre volonté d’alors était d’harmoniser les dispositions sociales et de corriger les disparités au sein des différentes sociétés du groupe. Elle n’a trouvé aucun échos de votre côté. Mais aujourd’hui, nous y voilà ! Il  est vrai que depuis, "Nicolas Sarkozy nous a imposé un calendrier.

  Faut-il vous rappeler que ces mêmes conventions contiennent de manière très claire des modalités de révision permettant à l’une ou l’autre des parties signataires de demander à modifier ou améliorer les textes existants. Des dispositions assouplies voilà plus de 10 ans, vous n’avez pas jugé bon d’y avoir recours.

  Et le chantier est gigantesque. Vous l’avez-vous-même souligné, « une centaine d’accord », disiez-vous récemment dans une interview, nous en avons dénombré 105. Dont certaines expériences hors périmètre conventionnels, comme France Télévisions SA et FTV Interactives, des ballons d’essai présageant la remise en cause des conventions collectives.

  Contrairement à ce que certains, jusque dans vos rangs, prétendent, l’obstruction n’est pas dans notre culture, ni dans nos pratiques. Nous nous bornons simplement à faire dire le droit, quand il est l’ultime recours pour  nous faire entendre. La loi impose aujourd’hui de négocier un nouveau statut conventionnel. Nous ne pensons pas qu’il s’agit d’une mauvaise chose ! C’est l’opportunité d’harmoniser, simplifier, adapter et améliorer un ensemble de textes négociés au cours de l’histoire, pour faire face aux incohérences  imposées par les divers gouvernements à l’audiovisuel public.

  Enfin contrairement aux vieux fantasmes qu’on nous a souvent servit, nous restons bien en phase avec les aspirations et parfois les craintes des salariés des sociétés de France Télévisions. Nous le vérifions chaque jour un peu plus lorsque nous échangeons avec nos mandants et nos camarades d’autres syndicats.

  Aujourd’hui, nous avons insisté pour que les choses soient claires entre nous : la négociation qui commence maintenant est cruciale pour l’avenir de FTV, pour ses 11000 salariés. Malheureusement, les autorités de tutelle, l’état, le gouvernement, Bercy, ne nous laissent pas beaucoup de latitude ni en temps, ni en moyens. Il nous apparaît clairement qu’à l’heure actuelle, ce sont les salariés qui devront financer une partie du déficit imposé par le gouvernement sous couvert de développement du « Global Média ».

  Ainsi, dans ses prémices, cette négociation nous semble mal engagée. Les organisations syndicales ont rejeté la méthode choisie par la direction de négocier à l’aveuglette et de façon disparate. Elles vous ont donc demandé à l’unanimité de prendre comme texte de référence et dans l’ordre, les conventions collectives et accords d’entreprises qui constituent une base fiable.  Il n’a pas été procédé à un véritable bilan contradictoire, permettant de pointer les écarts entre vos positions et les nôtres. Condition nécessaire à toute négociation efficace, sérieuse.

  En conséquence, le calendrier actuel, est intenable. C’est aussi pourquoi nous avons engagé un contentieux sur la durée de validité de la convention collective. Il est donc de votre responsabilité d’apporter des preuves concrètes de votre volonté de négocier, sans vous abriter derrières les injonctions du gouvernement ou les effets de la loi.

  Je me doute  que certains, dans votre entourage, soutiendront qu’il ne s’agit là que rhétorique syndicale bien classique et discours corporatiste pour rassurer la base. Ils  auront tort.

  Ne croyez pas que nous ignorons que la pérennité du financement de la télévision publique est plus qu’incertaine, la gestion par l’état des surplus publicitaires est là pour nous le rappeler. Ne pensez pas que nous n’avons pas noté l’alerte de la cour des comptes, qui note que l’équilibre financier est précaire et la mission que nous confie l’état plus que floue.

  La CFDT s’engage dans ce débat sans tabous ni à priori. Elle est prête à élaborer un texte prenant en compte les évolutions incontestables et les adaptations nécessaires. Mais la CFDT ne laissera pas les garanties sociales et conventionnelles sacrifiées, par le désengagement de l’actionnaire de ses devoirs vis-à-vis de la télévision publique.

  Ne vous méprenez pas, nous mesurons l’effet qu’aurait, à l’extérieur du groupe, un échec de cette « négociation matrice » qui doit s’engager aujourd’hui.

  Alors, Monsieur le Président, lancez cette négociation, il est maintenant temps de nous dire :


Monsieur le président, merci de m’avoir écouté, je suis à mon tour à votre écoute."

 

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